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Témoignage reconversion thérapeute : l’itinéraire de Sylvie

Je m’appelle Sylvie. J’ai cinquante-deux ans, et cela fait maintenant trois ans que je reçois des personnes en sophrologie dans mon cabinet à Bordeaux. Avant, j’étais gestionnaire de dossiers dans une caisse de retraite. Rien à voir. Quand je raconte ce passage d’une vie à l’autre, on me dit souvent : « Tu as eu du courage ». Mais ce n’est pas vraiment du courage. C’est plutôt que, à un moment, rester devenait plus difficile que partir. Ce témoignage reconversion thérapeute n’a rien d’héroïque. C’est juste l’histoire d’une femme qui a fini par écouter ce qui cognait doucement depuis trop longtemps.

Avant le soin : le premier métier de Sylvie

Pendant vingt-trois ans, j’ai traité des dossiers de retraite. Calculer des droits, vérifier des trimestres, répondre aux courriers, traiter les réclamations. Un bureau gris clair, une fenêtre qui donnait sur un parking, une machine à café qui tombait en panne tous les deux mois. C’était mon quotidien. Pas violent, pas passionnant non plus. Juste… neutre. J’avais trente ans quand j’ai signé mon CDI, et j’étais contente. Stabilité, primes, congés. Tout ce qu’on me disait de viser.

Mais vers quarante-cinq ans, quelque chose s’est fissuré. Je ne sais pas si c’était un événement précis ou une accumulation. Peut-être le jour où une dame est venue au guichet, en larmes, parce qu’elle ne comprenait pas pourquoi on lui refusait sa demande. J’ai essayé de lui expliquer, avec patience, mais tout ce que j’avais à lui offrir, c’était le règlement. Rien pour accueillir sa détresse. Rien pour prendre le temps de comprendre ce qui se jouait vraiment. Ce soir-là, en rentrant chez moi, j’ai pleuré dans ma voiture. Je me suis dit : « Ce n’est plus possible. »

Les mois qui ont suivi, j’ai continué. Par habitude, par peur aussi. Peur de perdre mon salaire, peur de decevoir mon compagnon Marc qui comptait sur ma stabilité, peur de passer pour une inconsciente. Mais chaque matin, en arrivant au bureau, j’avais l’impression de m’éteindre un peu plus. Je souriais, je faisais mon travail correctement, mais à l’intérieur, je n’étais déjà plus là. Cette sensation de décalage, d’absence à soi-même, est devenue insupportable.

Témoignage reconversion thérapeute : le jour où tout a basculé

Le déclic, il est arrivé un samedi matin de février 2019. J’avais participé à un atelier de sophrologie organisé par une amie. Je ne savais pas vraiment ce que c’était, j’y suis allée un peu par curiosité, un peu pour lui faire plaisir. La sophrologue s’appelait Claire. Elle avait une voix posée, des gestes lents, et surtout, elle créait un silence qui ne me mettait pas mal à l’aise. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai senti que je pouvais respirer sans avoir à courir après quelque chose.

À la fin de la séance, Claire nous a demandé ce que nous avions ressenti. J’ai parlé de cette sensation de calme, de cette impression d’être revenue dans mon corps, expérience souvent associée aux effets des techniques psycho-corporelles étudiées notamment par l’Inserm dans ses travaux sur les médecines complémentaires. Et elle m’a regardée avec douceur en disant : « C’est précieux, ce que tu décris. » Ces mots ont résonné en moi pendant des jours. Quelqu’un avait accueilli ce que je ressentais, sans jugement, sans me renvoyer à une procédure ou à une norme. Je me suis dit : « C’est ça que je veux faire. Créer cet espace pour les autres. »

J’ai repris rendez-vous avec Claire quelques semaines plus tard, et je lui ai posé mille questions. Comment elle était devenue sophrologue, quelle formation elle avait suivie, si c’était viable financièrement, si elle regrettait parfois. Elle m’a répondu avec franchise : oui, c’était difficile au début, non, elle ne gagnait pas des mille et des cents, mais elle ne reviendrait en arrière pour rien au monde. Ce déclic professionnel thérapeute n’a pas effacé mes peurs, mais il m’a donné une direction. Pour la première fois, devenir thérapeute après une autre carrière ne me semblait plus complètement fou.

Sylvie entre deux vies : doutes, peurs et premières formations

Je me suis inscrite à une formation de sophrologue en septembre 2019. Une école à Toulouse, reconnue par la Chambre Syndicale de la Sophrologie. Trois week-ends par mois pendant dix-huit mois. Je continuais à travailler à plein temps à la caisse de retraite, et je partais en formation le vendredi soir. Marc trouvait que c’était beaucoup, mes collègues ne comprenaient pas pourquoi je me « compliquais la vie ». Moi non plus, parfois, je ne comprenais pas. J’étais épuisée, souvent en décalage horaire, mais pour la première fois depuis des années, j’avais l’impression d’avancer vers quelque chose qui me ressemblait.

Les premiers mois de formation ont été déroutants. On nous demandait de nous mettre en état de conscience modifiée, de sentir notre corps, de lâcher le mental. Moi qui avais passé vingt-trois ans à tout contrôler, à tout rationaliser, je me sentais complètement perdue. Je pleurais régulièrement pendant les exercices, sans savoir pourquoi. Ma formatrice, Anne, m’a dit un jour : « Sylvie, tu n’es pas en train de devenir sophrologue, tu es en train de te retrouver. » Elle avait raison. Cette formation thérapeute reconversion était aussi un travail sur moi, sur mes blessures, sur tout ce que j’avais enfoui, dynamique fréquemment observée dans des parcours atypiques de thérapeutes issus de trajectoires non conventionnelles.

Mais en parallèle des doutes, quelque chose prenait racine. Les échanges avec les autres stagiaires, les premières séances que je donnais à des proches, les retours qu’ils me faisaient : tout cela me confirmait que j’étais sur le bon chemin. Un soir, après une séance avec ma voisine Martine qui souffrait d’insomnies, elle m’a pris les mains et m’a dit : « Merci Sylvie, ça fait du bien d’être écoutée comme ça. » J’ai su, à ce moment-là, que je ne ferais pas marche arrière. Ce changement de vie thérapeute devenait une évidence, même si tout n’était pas encore clair.

Témoignage reconversion thérapeute : les premières séances de Sylvie

J’ai quitté la caisse de retraite en juin 2022. J’avais mis un peu d’argent de côté, pas énorme, mais assez pour tenir quelques mois. Marc était inquiet, mais il m’a soutenue. J’ai trouvé un petit cabinet partagé rue Judaïque, à Bordeaux, avec deux autres praticiens : une ostéopathe et un psychologue. Loyer raisonnable, ambiance bienveillante. J’ai installé mes affaires en août : un tapis de sol, des coussins, une playlist de musiques douces, quelques bougies. Rien de sophistiqué. Juste un espace sobre, apaisant.

Les trois premiers mois, mon agenda était presque vide. J’avais créé un site internet basique, distribué des flyers, posté sur les réseaux sociaux, en m’inspirant notamment de certaines plateformes de gestion et de visibilité pour thérapeutes. Mais rien ne venait vraiment. J’ai eu mes premières vraies séances en octobre, avec deux personnes qui venaient pour des troubles du sommeil. J’étais tétanisée. J’avais peur de mal faire, de ne pas trouver les bons mots, de décevoir. Pendant la première séance, ma voix tremblait. Mais la personne en face de moi était tellement concentrée sur elle-même qu’elle ne l’a pas remarqué. Ou peut-être que si, et que ça ne la dérangeait pas. Cette vulnérabilité partagée a créé quelque chose d’authentique.

Petit à petit, le bouche-à-oreille a fonctionné. Une personne en parlait à une autre, qui prenait rendez-vous. J’ai commencé à recevoir des demandes pour des problématiques variées : stress au travail, anxiété, deuil, préparation à un examen. Chaque séance me forçait à ajuster ma posture, à lâcher mes protocoles rigides pour être vraiment présente à ce qui se passait. Ce nouveau départ professionnel soin n’avait rien de linéaire, mais il était vivant. J’apprenais en marchant, et c’était exactement ce dont j’avais besoin.

Ce que la reconversion change pour Sylvie, dans le travail et dans sa vie

Aujourd’hui, trois ans après avoir ouvert mon cabinet, je reçois entre quinze et vingt personnes par semaine. Ce n’est pas le grand luxe financièrement, mais je vis correctement. Marc s’est habitué, et même, il me dit souvent qu’il me trouve plus légère, plus présente aussi. Mes parents, eux, ont mis du temps à comprendre. Ma mère me demande encore parfois si je ne regrette pas « mon bon poste ». Je lui réponds que non, jamais. Ce serait mentir de dire que tout est facile : il y a des fins de mois tendues, des séances difficiles qui me remuent, des moments où je doute encore. Mais je ne subis plus mon travail.

Ce qui a changé, profondément, c’est que je me sens utile. Pas utile au sens productif du terme, mais utile humainement. Quand une personne repart de mon cabinet en me disant qu’elle a retrouvé un peu de calme, qu’elle a pu dormir cette nuit-là, je sais pourquoi je me lève le matin. Cette reconversion professionnelle bien-être m’a appris à ralentir, à écouter vraiment, à accepter de ne pas tout maîtriser. Elle m’a aussi confrontée à mes limites : il y a des personnes que je ne peux pas accompagner, des situations qui me dépassent, et j’ai appris à orienter vers d’autres professionnels sans culpabiliser.

Quand je repense à mes années dans l’administration, je ne les regrette pas non plus. Elles m’ont donné une rigueur, une capacité d’organisation qui me sert aujourd’hui. Mais elles n’étaient plus le bon endroit pour moi. Quitter son emploi pour thérapie n’était pas une fuite, c’était une réorientation nécessaire. Ce témoignage reconversion thérapeute n’est pas là pour dire que tout le monde devrait tout plaquer. Mais si vous êtes en train de lire ces lignes en vous demandant si c’est encore possible à quarante, cinquante ans ou plus, je vous réponds : oui. C’est possible. Ce sera long, incertain, parfois douloureux. Mais c’est possible.

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